Haute Route #Stage 2 – What a bad day !

Je me réveille à 5h10, 10 minutes avant le réveil…Ce sera comme ça tout au long de la semaine. L’excitation.
Mais cette nuit là, curieusement, aura été une des moins interrompues, j’irai presque jusqu’à dire reposante.

J’entends les premiers pas de mes autres colocataires en contrebas du chalet. J’enfile un short, un tee-shirt et me dirige vers le salon pour y retrouver (je l’espère) le petit déjeuner…
Bingo !! Café, croissants et pain nous y attendent, gentiment déposés par l’organisation quelques minutes plus tôt.
Cette fois-ci, nous pourrons prendre notre temps et profiter de cet instant de calme (avant la tempête).

5h45 : Je retourne dans ma chambre, enfile ma tenue de super héros (hihihi) soigneusement choisie en fonction des prévisions météo de la veille. Ce sera la tenue MAVIC de la Haute Route.

6h00 : Je dépose mon sac de voyage à la réception afin qu’il puisse être transféré à l’hôtel de Valloire en cours de journée.

6h20 : Départ pour Megève, sac à dos sur le dos pour les 4 kilomètres qui nous séparent du village départ.

6h45 : Je me place sur la ligne de départ, proche de Patrick, rencontré au sein du chalet de Megève. Je m’apprête alors à prendre le départ de l’étape qui sera le pire moment de ma semaine, mais ça, je n’en ai pas encore conscience !

Megève – Valloire (27/08/2018)

C’est donc le deuxième jour où nous nous retrouvons tous sur la même ligne de départ.
Malgré la bonne ambiance apparente, un peu d’inquiétude se lie dans les yeux des coureurs. Il faut dire que 157 km et 3900 D+ sont au programme du jour.

A 7h00, nous prenons le départ, neutralisé à nouveau pendant 10 kms environ, jusqu’au pied du premier col, celui des Saisies !!

Ce col, long de 13 kms, avec une portion intermédiaire descendante après 2 kms d’ascension, affiche une pente moyenne de 5%. Il sera gravi en 47 mn, à 16,5 km/h de moyenne. Les sensations des débuts d’étape sont toujours rendues délicates par le froid. J’ai souvent du mal à mettre en route, comme l’on dit dans le peloton, les muscles étant groggy par les températures basses (4° au pied des saisies).

Pour autant, les jambes tournent plutôt correctement en ce matin ensoleillé et la bascule au sommet des saisies est encourageante. Les paysages sont à nouveau époustouflants et feraient oublier l’effort physique.

Compte tenu de la longue descente suivie d’une portion de vallée de presque 20 kms, je m’étais rapidement convaincu de l’utilité de trouver un groupe de cyclistes aguerris !! Chose faite…
Nous parcourons la vallée à plus de 35 km/h de moyenne, tant et si bien que nous parvenons au pied de la Madeleine après 70 kms à plus 30 km/h de moyenne…Waouh, ça défile aujourd’hui…
Le plus délicat reste à venir. 25 km à 6%.

Le col de la Madeleine.

Nous tournons à droite. J’aperçois le panneau ‘Col de la madeleine : 26 km’.
Psychologiquement, il faut l’encaisser celui-ci 🙂

Une sensation de vide. Plus de force, plus d’envie.

Les premières rampes entre 9% et 11% sont terribles. La pente s’adoucit légèrement et les 6 premiers kilomètres annoncés à plus de 7% de moyenne sont finalement bien abordés, à 14 km/h de moyenne.

Sur 2 kilomètres environ, un replat permet de reprendre son souffle. Il s’agira en fait de mon dernier (souffle) !

A compter de cet instant, d’une seconde à l’autre, les choses ont mal tourné. Sans savoir pourquoi.
“Vous souhaiteriez faire du vélo avec une grosse grippe que vous iriez plus vite que moi”.
Une sensation de vide. Plus de force, plus d’envie.
Le moindre coup de pédale demande une mobilisation de tout son corps.
Quasi insoutenable.
Je m’arrête une première fois, contre une camionnette. Un gars en sort, me regarde dubitatif et me glisse dans un franco-anglais approximatif que le kilomètre qui suit sera moins dur.
Mouais…par vraiment avec le recul, mais sur le moment, j’y crois et cela me fait du bien.

Je m’arrêterai ainsi 2 ou 3 fois de plus. Je profite, bon gré mal gré, des magnifiques paysages. Heureusement, le temps est parfait. Qu’en aurait-il été avec la pluie…?

Des idées noires me traversent la tête. Pourquoi moi ? Pourquoi ici ? Pourquoi m’être inscrit à cette épreuve de grand malade ?
Puis j’en appelle à mon père, disparu soudainement 6 mois plus tôt, à qui j’ai promis d’aller au bout.

Je me dresse alors à nouveau sur les pédales et je parviens difficilement, très difficilement, après 2h20 de dur labeur, au sommet de la Madeleine à 10 km/h de moyenne.


Le ravito présent au sommet sera ma délivrance. Le fromage et le jambon sont pour la première fois de mon existence perçus comme une vision de rêve !!
Je retrouve alors Patrick & Patrick :):)

J’ai rencontré le premier au village départ en allant récupérer mon pack coureur. Il s’agit du premier cycliste avec qui j’ai partagé un moment sur cette Haute Route. Il se trouve que nous deviendrons amis après avoir parcouru tant de portions de bitume ensemble au cours de cette HR.
Nous avons vécu la même galère à quelques centaines de mètres d’écart en montant la Madeleine. Drôle et curieux.
Cela nous rapprochera tout au long de la semaine.

J’ai partagé avec le second le premier logement à Megève ainsi que de nombreuses discussions et moments sur le vélo.

 

Nous avons alors pris le temps de manger, de boire et de nous étirer avant de repartir pour plus de 50 kms comprenant vallée et col du télégraphe.

A ce stade de l’étape, j’ai perdu confiance en mes capacités et me demande comment mes jambes vont réagir après 20 kilomètres de descente. J’espère que le temps pris au sommet pour me ravitailler aura été salvateur !
Une fois parvenu au bas du col, à St Etienne de Cuines, plusieurs cyclistes sont arrêtés juste avant la ligne de chronométrage afin de constituer un groupe.
Nous convenons donc de repartir à plusieurs pour la dernière portion chronométrée comptant pour le classement.

Nous roulons alors à plus de 37 km/h pendant plus de 11 km sur un faux plat montant jusqu’à ce que la raison me rappelle que l’arrivée est jugée en haut d’un troisième col, celui du télégraphe.
Je décide alors de lever le pied et de terminer les 10 kms de vallée restants autour de 135 pulsations (27 km/h de moyenne) afin de conserver le peu d’énergie qu’il me reste…Et puis, je suis là pour prendre du plaisir, alors je me répète “Lève la tête et profite !” (oui, je me parle souvent…Ahahahah)

Le col du Télégraphe.

A la sortie de St Michel de Maurienne, les premiers lacets se présentent. Ils seront étalés sur 11 km avec une pente moyenne de 7%.
Je ne gravirai pas ce col à une allure folle mais je parviens à établir un rythme convenable.

Le col est régulier, la température est correcte. Je continue à boire et à m’alimenter.
A 1 km du sommet, je reviens sur un Américain qui, péniblement, parvient à me dire “Je vais mourir…As-tu un gel ou une barre à manger ?”. C’est le cas, lors des ravitos précédents, j’avais chargé en nourriture et je tire de ma poche un gel et le lui tend.
Il me dira au sommet “Tu m’as sauvé…”.
L’entraide, c’est bien ce qui caractérisera cette semaine passée dans les Alpes.

La fin d’étape est atteinte au sommet du Télégraphe. Je vis cet instant presque comme l’achèvement de toute une vie 🙂
Je me projette très rapidement vers la journée du lendemain puis je reviens à moi. Je profite alors de l’instant présent.
Il reste à rejoindre Valloire, 5 km en contrebas.
Nous allons pouvoir nous restaurer, nous doucher et nous faire masser.
Ce sera le premier duo “chocolat chaud + diabolo citron” avec Patrick, petit rituel établi sur la haute route et que nous perpétuerons jusqu’à l’arrivée…

Hauteroute-Stage2-Solo-Scratch

Au soir de cette 2ème étape, je suis classé 79éme au scratch et 26ème dans ma catégorie.
Ma 115ème place du jour me vaut une belle dégringolade au général.
Mais l’essentiel est ailleurs. J’ai pu terminer l’étape et l’aventure continue 🙂

Valloire.

Situé entre le Télégraphe et le Galibier, Valloire est un village typique des Alpes qui a su conserver une âme de montagne.
Une vraie découverte au cours de cette semaine. Nous avons pu nous ressourcer et manger une bonne entrecôte le soir venu après le briefing quotidien.

Briefing au cours duquel nous nous sommes replongés dans la course du lendemain avec la crainte d’une nouvelle défaillance.
Il est évident que ce soir là, la confiance s’est un peu effritée…Les coups de fil aux proches vont permettre de se rassurer.
Reste à passer une bonne nuit et à espérer que le travail fourni au cours des mois précédents soit payant.
Il parait évident que ce moment difficile dans la Madeleine soit dû à une sous alimentation.
A compter de cette étape, la nutrition et le repos seront notre priorité !!

 

Les stats STRAVA —

Le tracé RELIVE —

Relive ‘Haute Route #Stage2 – Megeve -> Valloire’


La soirée s’est terminée dans les appartements de Valloire ou la vue a permis d’atténuer les déboires.

Nous avons fait 2 étapes. 2 étapes exceptionnelles et éprouvantes. Il en reste 5. Nous sommes lundi soir.
Le lendemain sera un autre jour.
22h15 – Extinction des feux.

 

Nico.

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